Enseignement David Forbes Jeager

Expo St-Sulpice 2015

Œuvres signées David Forbes Jeager/Jean-Pierre Huser

Exposition à Fully

Une œuvre libératoire à quatre mains et deux cerveaux
David Forbes Jaeger et Jean-Pierre Huser


Cette exposition à Fully en Valais, dont on a déjà pu voir quelques pièces à Saint-Sulpice près de Lausanne, frappe par sa singulière énergie et son originalité. D’abord chaque œuvre est le fait de deux artistes qui en cosignent la réalisation: Jean- pierre Huser, peintre, poète, compositeur et chanteur vaudois qui s’est allié avec David Forbes Jaeger, dessinateur, peintre et avocat américain établi à Genève. Des amis de longue date. Forbes a fait la connaissance de Huser il y a une vingtaine d’années. né en
1956 en Indiana, dans une famille d’artistes, un père comédien et une mère musicienne, il ne cesse de dessiner et jouer du piano dès la petite enfance, mais, ne se considérant pas lui-même comme un artiste, va alors s’orienter vers le droit.

il continue cependant à dessiner, à peindre, mais commence aussi à collectionner des tableaux de maître, d’abord en Floride où le marché est… florissant. puis l’appel de la création devenu plus pressant il y a une vingtaine d’années, il veut pratiquer sérieusement le dessin, prend des cours d’académie avec Jacques Walther, puis devient l’élève de Jean-pierre Huser, le maître du portrait de grand format – une initiation formidable, selon David Forbes qui jusque là avait peur de se lancer dans le portrait. Huser est un esprit universel, anarchiste, philosophe, humaniste, qui fait notamment découvrir à David tout un pan de l’histoire américaine avec les photographies de chefs indiens par le grand anthropologue Edward Sheriff Curtis (1868-1952). Au cours de ses rendez-vous hebdomadaires avec Huser, Forbes acquiert son métier de peintre, et il expose, à Lausanne et à Berlin, en 2003. Mais un beau jour tout s’arrête. pendant onze ans. Ce n’est qu’en 2014, qu’il revient travailler avec Huser, dans sa résidence forestière du Mont-pèlerin. Forbes compte se remettre au portrait, mais bien- tôt tout change, et c’est maintenant que cela devient intéressant, écoutons-le: «Un peu par hasard, dans mes cours avec Jacques Walther, j’avais remarqué que j’étais ambidextre, ce qui, en peinture, est assez rare (le seul exemple que je peux citer est celui de Léonard de Vinci). on trouve d’avantage d’exemples en musique, où les deux mains sont plus fréquemment sollicitées, en témoignent le piano, la batterie. Bien que j’aie pratiqué le piano, je ne m’étais jamais aperçu, jusque-là, que je pouvais dessiner de la main gauche.

Qui plus est, le dessin du même objet change si je le dessine de la main droite ou de la gauche. La droite est reliée au cerveau gauche, le cerveau de l’intellect, de la précision, la gauche est le fait du cerveau droit, le rebelle, le subjectif. J’ai fait des portraits de la même personne, des deux mains, qui sont très différents. J’ai également réalisé deux autoportraits… »
Forbes m’en montre les reproductions, dans un livre publié en 2003 : c’est le même homme, la main droite l’a dessiné en avocat, magistral, la gauche en artiste, évidemment plus touchant.
«… et c’est là que Jean-pierre Huser m’a mis au travail, afin développer cette «dextérité» de la gauche, si je puis dire. Je parviens maintenant à dessiner des deux mains à la fois, évidemment de manière symétrique, mais où l’on perçoit, en cinq secondes, le jeu de l’inconscient et du subconscient.»
«Cela donne des dessins très étonnants,
«dessins sensoriels» que je mets en scène en suivant les préceptes de David», nous dit Huser qui lui aussi utilise ses deux mains à agencer des collages, à construire un cadre,
à éclairer aux leds, à réaliser des objets sculptés. «J’aime cette collaboration, assez rare en peinture où l’on développe facile- ment l’ego!»

Cela fait penser, mutatis mutandis, à Rubens et Van Dyck au XVIIe siècle.

Agencer des collages, à construire un cadre,
à éclairer aux leds, à réaliser des objets sculptés. «J’aime cette collaboration, assez rare en peinture où l’on développe facile-ment l’ego!»

Cela fait penser, mutatis mutandis, à Rubens et Van Dyck au XVIIe siècle.

Les Chakras – Loup Blanc, 2015

Me voici devant ces œuvres, qui parfois sont de véritables architectures, illuminées et tourbillonnantes. on voit des cages, des cercles, des triangles, des traits pyramidaux, des enchevêtrements de corps. Cela fait rêver, c’est d’une bonne qualité picturale, mais en même temps on sent toute une histoire dans ces «abstractions figurations» comme les nomme l’historienne de l’art patricia Zazzali. et voilà qu’il me montre les chacras

 

(que j’écris à la française, l’anglais parlant de chakras), ce qui m’effraye un peu, au dé- but: serait-ce la nouvelle illustration d’une fumeuse mystique orientale? Mais je com- prends vite qu’il s’agit d’un art visionnaire bien occidental, où l’on assiste chaque fois
à une aspiration vers la libération du corps, hors de la cage, vers le vide: nous sommes emportés dans la respiration de ces chacras dont le dernier, qu’on appelle coronal, nous met en rapport avec le ciel.

Et je vais apprendre de la bouche même de David Forbes que ces œuvres colorées sont survenues alors qu’il souffrait depuis onze ans d’une sclérose en plaques, qu’il a figurée grâce au symbole de la cage. Une maladie due au stress et à la volonté de tout contrôler, de tout enfermer en soi, alors même que les chacras doivent faire circuler l’énergie et nous mettre en rapport avec l’univers. Je vous passe les citations de Giotto, Michel- Ange, Fibonacci et ses lapins, les cygnes qui se font des petits signes… La bonne nouvelle, c’est que David Forbes ne souffre plus de sclérose en plaques, que l’art l’a libéré de cette redoutable maladie. L’art? Je dirais une formidable énergie créatrice, liant l’intelligence et l’émotion, et partagée par ces deux artistes hors du commun. P.H.

Évasion vers l’infini

AU Cœur D’Une Giboulée, j’ai été incroyablement happée par une œuvre bouleversante et titanesque «abstraite figurative». Un ensemble de 20 tableaux créés à quatre mains par deux artistes authentiques et sauvages : David Forbes et Jean-pierre Huser ; travaillant dans une totale complémentarité et complicité dans un fascinant et respectueux partage, les deux artistes offrent un mélange subtil de lâcher prise et de réflexion. Le polyptyque est un véritable parcours initiatique des ténèbres vers la lumière. Un ensemble d’une homogénéité et d’une puissance qui force notre admiration. Une colonne vertébrale de «chakras» gorgée de l’énergie et de la lumière de l’univers par- court et sous-tend l’œuvre de bout en bout.

Une fresque bouleversante remuant les tripes viscérales à la façon de Bacon tutoyant le sacré comme Matisse dans ses dernières œuvres. elle résume à elle seule toute la dramaturgie humaine. Le combat l’évasion et l’union avec l’infini. on devine que cette œuvre raconte l’histoire de l’homme emprisonné dans sa douleur, désireux de s’évader des limites de son corps. Un vent de liberté maculé de blanc lumineux semble zigzaguer dans toute l’œuvre comme une bourrasque.

Des corps repliés écartelés en équilibre man- quant de basculer dans le néant évoluent devant nos yeux. Des silhouettes se tordent et se débattent au-dessus des trous béants des ténèbres dans un univers «boschien» fantastique. ils tentent désespérément de s’échapper de leurs cages qui se referment sur eux. Ces hommes marchent comme des funambules sur le fil du temps. puis c’est l’échappée, la fuite en avant, l’élan vers la lumière. L’homme s’envole comme un oiseau entre pyramides et cercles de lumière. C’est une danse perpétuelle et immortelle qui s’amorce là entre terre et ciel. Une fuite hors de ses limites pour rejoindre la lumière et l’infini. et l’on ressort de cette œuvre vertigineuse entre l’enfer et le paradis comme d’une expérience existentielle, régénéré et ébloui.

Merci aux artistes pour cet inoubliable voyage.
Patricia Zazzali.

 

 

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